Est-ce qu'ils ont besoin de moi, est-ce que ce ne serait pas mieux de leur foutre la paix, de les laisser bien tranquilles dans leur bulle? Les autistes sont là, ils n'ennuient personnes, il se balancent sur leur chaise, ils se balancent de la vie, il pensent à ce qu'ils veulent, reçoivent les informations qu'ils veulent recevoir, se ferment à ce qui les ennuie... Mais bon sang, c'est eux qui ont trouvé la bonne philosophie, non?

Pourquoi quand on est asocial, quand on ne veut pas profiter du soleil, quand on n'a pas envie de passer son vendredi soir en compagnie d'un tas de gens, quand on préfère rester en pantoufles toute la journée, est-on systématiquement mal vu ? C'est une façon d'être dans sa bulle. Pourquoi l'autisme est-il si mal connu et mal vu alors que finalement, les autistes veulent juste qu'on leur foute la paix. mais enfin, ce sont eux qui ont raison.

Pourquoi galvaude t'on "ça te ferait du bien de voir du monde"? Qu'est ce qui nous fait croire que notre façon d'aller bien sera également la bonne façon pour quelqu'un d'autre? Qu'est ce qui me permet à moi, d'aller chercher P dans son fauteuil, où il balance la tête en pensant à je ne sais quoi, et de lui dire "allez viens parler" J'éclate sa bulle de bien-être et je le pousse, lui un autiste, à faire ce qui l'ennuie le plus au monde, communiquer. Je suis horrible, mon boulot est horrible. Je le frustre. Peut-être même que plus je lui demande, plus ça l'ennuie, plus ça lui donne envie de retrouver sa bulle et tout faire pour ne plus en sortir? Mais non puisqu'il a fait des progrès. Oui mais justement, peut-être se dit-il que comme ça, j'arrêterai de l'emmerder. Pas con, le P.

Et puis, si c'était eux, la normalité? J'en parlais récemment avec un amie, en échange de mails. Je ne connais que le fonctionnement "déviant". Que ce soit des enfants ou des adultes, je ne connais que le modèle qui bug. La dyslexie, la dysphasie, l'analphabétisme, le handicap mental, la dyspraxie, la dyscalculie, les troubles de voix, et j'en passe. Je ne sais pas comment évolue un "enfant normal". Je ne sais pas comment je ferai quand j'aurai des enfants (s'ils sont "normaux"), ils iront trop vite, ils ne seront pas prévisibles, ils feront leur crise d'adolescence et tout ça sans se mordre la main. Je serai vite dépassée, ils seront plus doués que moi en informatique, ils seront des puits de sciences et de nouvelles technologies. Tout ça, ça me dépasse parce que ma normalité à moi, c'est le handicap.

Et si nous étions sur une planète dirigée par des gens qui étalent leurs excréments sur le mur des toilettes, qui ne communiquent que lorsque c'est absolument nécessaire, qui sont passionnés par ce qui tourne, ce qui se répète. Nous serions tous pris pour des cinglés avec nos envies de changements, de communication, de propreté, de réunions sociales....

Est ce que les autistes ont envie de sortir de leur bulle? Est ce qu'ils ont des choses à dire et que ça les frustre d'avoir tous ces mots qui se coincent quelquepart au moment de sortir? Nous aiment-ils malgré qu'on est là comme des grands débiles à leur dire "Moi je suis normale et je vais te montrer ce que c'est la normalité" ou nous détestent-ils ?